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Dick (Goobalatheldin) Roughsey

Collections

  • Queensland Art Gallery | Gallery of Modern Art (QAGOMA), Brisbane
  • Cairns Art Gallery / Cairns Regional Gallery
  • National Gallery of Victoria (NGV), Melbourne
  • National Museum of Australia, Canberra
  • National Archives of Australia
  • University of Queensland Library – Fryer Library
  • British Museum, Londres
  • James Cook University Art Collection

Prix:

  • 1973, il devient le premier président aborigène de l’Aboriginal Arts Board
  • 1978, Dick Roughsey est nommé Officier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) pour services rendus à l’art et à la culture aborigènes.
  • 2003, En son honneur, le Gooalathaldin Memorial Community Centre est inauguré sur Mornington Island

Dick Roughsey a été plusieurs fois récompensé pour ses livres illustrés, qui ont contribué à faire connaître les récits du Temps du Rêve aux enfants :

  • Children’s Book Council of Australia – Picture Book of the Year
    1974 : The Giant Devil-Dingo – mention honorable (commended).
    1976 : The Rainbow Serpentvainqueur.
    1979 : The Quinkinsvainqueur.
    1983 : Turramulli the Giant Quinkin – mention honorable (commended).

  • Fellowship of Australian Writers – Patricia Weickhardt Award to an Aboriginal Writer
    1976 : pour The Rainbow Serpent.

  • International Board on Books for Young People (IBBY)Honour Diploma (Illustration) pour The Quinkins, 1980.

Œuvres

Biographie

Dick Roughsey (Goobalathaldin)

Artiste et écrivain aborigène australien (vers 1920 – 1985)

Dick Roughsey, de son nom tribal Goobalathaldin — signifiant « la mer en mouvement » ou « les flots dansants » — est l’une des figures fondatrices de l’art aborigène contemporain australien. Membre du peuple Lardil, originaire de Mornington Island dans le golfe de Carpentarie (Queensland), il fut à la fois peintre, écrivain, passeur de mémoire, leader culturel et médiateur entre les mondes aborigène et occidental.

Son œuvre, profondément ancrée dans les récits du Temps du Rêve, la vie cérémonielle et l’histoire de son peuple, a marqué durablement l’art australien du XXᵉ siècle et contribué à faire connaître la culture aborigène au public international.


Origines et enfance

Dick Roughsey naît vers 1920 sur Langu-narnji Island, une île reliée à Mornington Island à marée basse. Il reçoit le nom de Goobalathaldin, hérité de la mer qui façonne le territoire et la cosmologie lardil. Sa mère, Kuthakin, appartenait au groupe Lilumben (Lardil de l’Est), et son père Kiwarbija, dont le nom signifie également « mer agitée », lui transmet très tôt les lois, les récits et la mémoire orale de ses ancêtres.

Son enfance se déroule selon un mode de vie traditionnel : chasse, pêche, cueillette, cérémonies, chants et récits mythologiques. Il apprend les histoires fondatrices du paysage, où les ancêtres créateurs façonnent la terre, la faune et la mer. Ces premières années dans le bush constituent le socle spirituel et narratif de toute son œuvre future.

Vers l’âge de sept ou huit ans, il est envoyé à l’école missionnaire presbytérienne de Mornington Island, où il reçoit le prénom chrétien de Dick et le nom de famille Roughsey, anglicisation imposée par les missionnaires. Cette période marque une rupture brutale avec le monde traditionnel. Il y apprend à lire et à écrire, mais voit aussi certaines pratiques culturelles interdites, notamment les rites d’initiation, ce qui l’empêchera d’accéder à la langue sacrée Damin.


Vie adulte, travail et famille

Adolescent, Dick quitte l’école et travaille très tôt comme ouvrier agricole, stockman, ranger, puis comme marin et matelot sur des bateaux desservant les communautés du golfe. Il sert également pendant la Seconde Guerre mondiale et participe à des opérations de récupération d’avions américains abattus dans la région.

En 1944, il épouse Elsie William à l’église presbytérienne de Mornington Island. Ensemble, ils auront six enfants. Bien que souvent éloigné pour son travail et ses engagements artistiques, Roughsey reste profondément attaché à sa famille et retourne régulièrement sur l’île, où il transmet son savoir à ses enfants, dont certains deviendront artistes à leur tour.


Naissance d’un artiste

Dès les années 1950, Dick Roughsey commence à peindre sur écorce, réalisant également des objets rituels et utilitaires. Avec son frère aîné Lindsay Roughsey (Burrud), il participe à l’émergence d’un style spécifique à la région des îles Wellesley, caractérisé par des récits figuratifs organisés en séquences narratives, parfois comparées à des bandes dessinées visuelles.

Un tournant décisif survient en 1962, lorsqu’il rencontre l’artiste et pilote Percy Trezise à Karumba. Cette rencontre est déterminante. Trezise l’encourage à peindre ses propres histoires, issues de la culture lardil, plutôt que d’imiter les styles alors dominants de l’art aborigène. Il lui fournit du matériel, l’initie à la peinture à l’huile et soutient activement sa carrière.

Grâce à cette collaboration, Roughsey développe un langage pictural singulier, mêlant iconographie ancestrale, narration mythologique et techniques européennes, donnant naissance à une œuvre à la fois accessible et profondément spirituelle.


Reconnaissance et expositions

Dès le milieu des années 1960, Dick Roughsey expose régulièrement à Cairns, Brisbane, Sydney, Melbourne, Canberra, puis à l’international. Il participe à de nombreuses expositions collectives et individuelles consacrées à l’art aborigène contemporain, notamment dans le cadre des programmes itinérants de l’Aboriginal Arts Board, qui feront connaître son travail dans près de 40 pays.

Son œuvre est aujourd’hui représentée dans de nombreuses collections publiques et privées, en Australie et à l’étranger, notamment dans :

  • des musées nationaux australiens,

  • des institutions universitaires,

  • des collections gouvernementales,

  • ainsi que dans d’importantes collections privées internationales.


Livres illustrés et transmission culturelle

Dick Roughsey est également une figure majeure de la littérature illustrée aborigène. À partir des années 1970, il publie une série de livres pour enfants, souvent en collaboration avec Percy Trezise, qui introduisent des générations de lecteurs aux récits du Temps du Rêve.

Parmi les plus célèbres :

  • The Giant Devil Dingo

  • The Rainbow Serpent

  • The Quinkins

  • Turramulli the Giant Quinkin

The Rainbow Serpent devient l’un des récits fondateurs les plus connus de la mythologie aborigène en Australie et à l’international.

Il est également l’auteur de Moon and Rainbow (1971), considéré comme la première autobiographie écrite par un Aborigène issu d’une culture tribale, ouvrage fondamental pour la compréhension de l’histoire aborigène contemporaine.


Engagement politique et culturel

Figure respectée et charismatique, Dick Roughsey joue un rôle central dans les politiques culturelles australiennes. En 1973, il devient le premier président aborigène de l’Aboriginal Arts Board, sous le gouvernement de Gough Whitlam. Il milite activement pour la reconnaissance des artistes autochtones, la protection des sites sacrés et la transmission culturelle.

Il participe également à la redécouverte et à la protection des sites d’art rupestre de Quinkan, contribuant à leur reconnaissance et à leur restitution aux peuples autochtones.


Distinctions et héritage

En 1978, Dick Roughsey est nommé Officier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) pour services rendus à l’art et à la culture aborigènes.

Affaibli dans ses dernières années par le trachome et la maladie, il s’éteint le 20 octobre 1985 à Mornington Island. Son héritage demeure immense.

En son honneur, le Gooalathaldin Memorial Community Centre est inauguré sur Mornington Island en 2003.


Héritage artistique

Dick Roughsey incarne une génération pionnière : celle des artistes aborigènes ayant ouvert la voie à une reconnaissance internationale tout en restant profondément fidèles à leur culture. À travers ses peintures, ses livres et son engagement, il a démontré que l’art pouvait être à la fois un acte de mémoire, de résistance, de transmission et de dialogue.

Son œuvre continue aujourd’hui d’inspirer artistes, chercheurs et collectionneurs, et demeure un jalon essentiel de l’histoire de l’art aborigène contemporain.