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Ken Thaiday Senior

Abie Jangala

Collections

  • Australian Parliament House Rotational Art Collection – Canberra : acquisitions de plusieurs pièces emblématiques datées 1991 (dance masks, dance poles). 
  • Cultural Centre of Tjibaou, Nouméa, Nouvelle-Calédonie
  • Otago Museum – Dunedin, Nouvelle-Zélande
  • Cairns Regional Gallery – importantes acquisitions et commandes
  • Queensland Art Gallery | Gallery of Modern Art – Brisbane.
  • Museum of Contemporary Art Australia – Sydney
  • University of Cambridge Museum of Archaeology and Anthropology – UK
  • Musée des Confluences – Lyon, France (œuvres acquises / exposées)
  • Museum and Art Gallery of the Northern Territory – Darwin
  • National Museum of Australia – Canberra.
  • Art Gallery of New South Wales (Sydney) – notamment Beizam (shark) dance mask acquis via Mollie Gowing Acquisition Fund.Canberra
  • Proost De Deyne Family Collection (Queensland) – plusieurs pièces des années 1990–2000
  • Queensland Government Department for Housing and Public Works – acquisitions de pièces (ex. Hammerhead shark headdress)
  • University of the Sunshine Coast – acquisitions (ex. Beizam headdress).

Expositions

  • Ilan Pasin
    • Perc Tucker Regional Gallery, Townsville, Australie (6 nov 1997 – 31 jan 1998) – avec un masque Beizam denté.
  • 2009 Temps du Rêve / Dreamtime, Musée d’Art Contemporain Les Abattoirs, Toulouse
  • 2011 Malu Minar
    • Cairns Art Gallery – exposition collective (2 avr – 22 mai 2011).
  • 2013 Ken Thaiday Snr: Erub Kebe Le, Cairns Art Gallery, 2013 (rétrospective majeure)
  • 2014 Carriageworks, Sydney, (installation monumentale et performances)
  • 2015 ARTNOW FNQ 
    • Cairns Art Gallery / espace FNQ (27 nov 2015 – 7 févr 2016)
  • 2016 Australia: Defending the Oceans, Musée océanographique de Monaco
  • 2017 Defying Empire, 3e Triennale nationale d’art indigène, National Gallery of Australia
  • 2020 Reimagining: Between Tradition and Innovation
    • Cairns Art Gallery, Australie (9 oct – 6 déc 2020) – incluant des œuvres de Thaiday.
  • 2023 Gamu Zamiyakal – Masks, Headdresses and Dance Machines
    • Cairns Art Gallery, Australie – exposition collective récente avec ses œuvres
  • 2025 To Dance, To Sing: Headdresses from the Gallery Collection
    • Cairns Art Gallery, Australie – exposition collective incluant des œuvres de Thaiday

Prix

  • Red Ochre Award (2017), la plus haute distinction australienne pour un artiste autochtone, récompensant l’ensemble de sa carrière

  • Doctorat honorifique de l’Université de la Sunshine Coast (2016)

  • Participation à la série documentaire This Place: Artist Series (ABC, 2020)

Œuvres

Biographie

Ken Thaiday Senior (né en 1950)

Artiste majeur des îles du détroit de Torres – Meriam Mer people

Né à Erub (Darnley Island), détroit de Torres – vit et travaille entre Erub et Cairns


Introduction

Ken Thaiday Senior est l’un des artistes contemporains autochtones les plus importants du détroit de Torres. Maître incontesté des coiffes cérémonielles (dhari), des masques rituels, des totems animés et des sculptures cinétiques, il est reconnu internationalement pour avoir porté l’art cérémoniel insulaire à un niveau d’inventivité formelle et technique sans équivalent. Son œuvre se situe à la croisée de la danse, de la sculpture, de l’installation et de la performance, tout en demeurant profondément enracinée dans les traditions culturelles, spirituelles et maritimes de son île natale, Erub.


Origines culturelles et contexte géographique

Le détroit de Torres, situé entre la pointe nord du Queensland et la Papouasie–Nouvelle-Guinée, constitue un espace culturel distinct du reste de l’Australie aborigène. Peuple de la mer, les habitants du détroit de Torres possèdent une culture fondée sur la navigation, la pêche, la danse, le chant et le récit oral. Les îles orientales, dont Erub, sont d’origine volcanique et habitées par le peuple Meriam, dont la langue traditionnelle est le Meriam Mer.

Erub (Darnley Island), la plus grande des îles orientales, est un territoire fertile entouré de récifs coralliens, marqué par une relation intime entre la terre, la mer et le ciel. Cette géographie et cette spiritualité imprègnent l’ensemble de l’œuvre de Ken Thaiday, qui se définit lui-même comme Erub Kebe Le – « homme d’Erub ».


Enfance et héritage familial

Ken Thaiday Senior naît en 1950 sur l’île d’Erub. Il grandit dans un environnement où la danse et la musique jouent un rôle central dans la vie communautaire. Son père, Tat Thaiday, est une figure culturelle majeure : chorégraphe, compositeur, leader cérémoniel et jardinier respecté. Il transmet à son fils une connaissance profonde des danses rituelles, des chants et des objets cérémoniels.

La danse devient pour Ken Thaiday un langage fondamental, un moyen de perpétuer la mémoire collective et d’honorer les ancêtres. Il expliquera plus tard que danser est pour lui un acte de filiation : marcher dans les pas de son père, afin que ses propres fils puissent un jour marcher dans les siens.


Formation, travail et influences techniques

Après avoir fréquenté l’école sur Thursday Island, Ken Thaiday quitte Erub à l’adolescence pour s’installer avec sa famille à Cairns. Il travaille pendant plus de dix ans pour les chemins de fer du Queensland, puis dans l’industrie minière du Pilbara, en Australie-Occidentale, notamment comme opérateur de machines.

Cette expérience du travail industriel, de l’assemblage et du démontage de mécanismes complexes, aura une influence déterminante sur son œuvre artistique. Elle nourrit son intérêt pour les systèmes articulés, les poulies, les mouvements mécaniques et, plus tard, l’automatisation de ses sculptures.


Spiritualité et engagement communautaire

Ken Thaiday Senior est profondément chrétien. Il considère son art comme un acte religieux autant que culturel et personnel. Il attribue son inspiration créative à Dieu et voit dans la nature une manifestation du divin.

Il joue un rôle central dans la célébration du Coming of the Light, commémoration annuelle de l’arrivée du christianisme sur Erub en 1871. Il en fut président pendant cinq ans et participa à l’organisation de cérémonies, à la création de danses, de coiffes, de masques et de reconstitutions historiques.

Ses œuvres représentent fréquemment Kemus, lieu du débarquement des missionnaires, l’église All Saints d’Erub, ainsi que le paysage insulaire baigné par la lumière symbolique du Christ.


Début de carrière artistique

À la fin des années 1980, Ken Thaiday fonde à Cairns le Loza Dance Group, afin de maintenir les traditions cérémonielles des îles sur le continent. Il commence alors à créer des artefacts de danse pour des événements communautaires, notamment des dévoilements de pierres tombales et des cérémonies religieuses.

En 1987, il réalise ses premiers « artefacts mobilisés », conçus pour être portés et activés par les danseurs. Ces œuvres, liées à l’identité clanique et aux récits ancestraux, marquent le début de son langage artistique singulier.


Pratique artistique et matériaux

Ken Thaiday développe une pratique résolument contemporaine tout en restant fidèle aux traditions du détroit de Torres. Il associe des matériaux traditionnels – bambou noir, plumes, fibres naturelles – à des matériaux modernes tels que le plastique, le contreplaqué, le nylon, la peinture industrielle et plus récemment l’aluminium et les technologies numériques.

Ses œuvres sont souvent dotées de systèmes complexes de ficelles, poulies et mécanismes permettant l’animation de différentes parties : mâchoires, nageoires, ailes, coquillages, oiseaux ou paysages.


Le requin-marteau Beizam : totem et symbole

L’élément central de l’œuvre de Ken Thaiday est le Beizam, le requin-marteau, son animal totémique. Dans la culture des îles du détroit de Torres, le requin-marteau est considéré comme le gardien de la loi et de l’ordre dans l’océan, le « boss du sel ».

Pour l’artiste, le Beizam symbolise à la fois la nature autochtone, l’autorité morale, la protection spirituelle et l’équilibre entre les forces visibles et invisibles. Ses coiffes monumentales représentant des requins-marteaux sont parmi ses œuvres les plus emblématiques, certaines atteignant plusieurs mètres de long et étant capables de mouvements spectaculaires lors des performances.


Automatisation et collaboration artistique

Depuis de nombreuses années, Ken Thaiday nourrit le rêve de créer des sculptures entièrement automatisées. Ce projet devient réalité en 2013 avec Clamshell with hammerhead shark, sa première œuvre entièrement motorisée, réalisée en collaboration avec l’artiste australien Jason Christopher.

Cette œuvre monumentale combine sculpture, technologie, symbolisme chrétien et cosmologie insulaire. Elle marque une étape décisive dans sa carrière, ouvrant son travail à de nouvelles possibilités techniques tout en renforçant son ancrage spirituel et culturel.


Expositions et reconnaissance internationale

Ken Thaiday Senior a participé à plus de cinquante expositions en Australie et à l’international. Parmi les plus importantes figurent :

  • Ken Thaiday Snr: Erub Kebe Le, Cairns Art Gallery, 2013 (rétrospective majeure)

  • Defying Empire, 3e Triennale nationale d’art indigène, National Gallery of Australia, 2017

  • Australia: Defending the Oceans, Musée océanographique de Monaco, 2016

  • Temps du Rêve / Dreamtime, Musée d’Art Contemporain Les Abattoirs, Toulouse, 2009

  • Carriageworks, Sydney, 2014 (installation monumentale et performances)

Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques prestigieuses en Australie, en Europe et aux États-Unis.


Distinctions

  • Red Ochre Award (2017), la plus haute distinction australienne pour un artiste autochtone, récompensant l’ensemble de sa carrière

  • Doctorat honorifique de l’Université de la Sunshine Coast (2016)

  • Participation à la série documentaire This Place: Artist Series (ABC, 2020)


Transmission et héritage

Ken Thaiday Senior est également reconnu comme mentor et passeur de savoirs. Il s’engage activement dans la transmission des connaissances liées à la mer, aux animaux, aux danses et aux coutumes des îles du détroit de Torres. Son œuvre, profondément performative, ne peut être dissociée du corps, du mouvement, du son et du chant.

À travers ses « machines à danser », Ken Thaiday ne se contente pas de préserver une tradition : il la fait évoluer, la rend visible à l’échelle mondiale et affirme la vitalité d’une culture insulaire vivante, inventive et résolument contemporaine.