Peintures de Yuendumu

Kuruwarri : peintures aborigènes du désert du Tanami

Yuendumu est peuplé de membres Warlpiri, un groupe linguistique qu’on trouve aujourd’hui autour du Désert du Tanami au cœur de l’Australie. Cette communauté est devenue indépendante en 1976.

Deux actes fondateurs sont à l’origine de l’introduction de la peinture (sous entendu sous sa forme moderne) à Yuendumu.

En 1983, le directeur de l’école et un éducateur, encouragent des doyens, quelques hommes influents, à peindre sur les portes de l’école une série de Rêves importants qui traversent la région. Comme à Papunya, où le mouvement pictural est naît quelques années plus tôt (en 1971) par l’élaboration d’une fresque sur les murs de l’école, il est tout à fait marquant que les signes visibles de la connaissance traditionnelle ce fasse sur le lieu même de la transmission du savoir et de la culture occidentales. C’est un moyen de reconnaître la culture aborigène et un moyen pour les jeunes d’approfondir et de s’approprier le savoir traditionnel. C’est que depuis quelques mois, Terry Davis, ce directeur, propose que les jeunes reçoivent, pendant les heures de cours, un enseignement sur leur propre culture. Cela peut-être la façon de fabriquer un boomerang ou de l’utiliser ou la manière de collecter la nourriture dans le bush.

D’autre part les femmes se mettent à peindre des toiles en 1984. Le but est au départ de récolter des fonds pour acheter un véhicule. C’est que, se sédentariser, c’est aussi parfois s’éloigner de sites sacrés importants où la présence des initiés est requis périodiquement. Les grands initiés, ceux qui doivent diriger ces rituels, ont parfois des difficultés à se déplacer sur de longues distances. Il faut donc trouver un 4x4 qui pourra également servir à aller en ville (la seule ville proche, Alice Springs est à 300 km de Yuendumu, Lajamanu autre lieu de peuplement à majorité warlpiri est à 700 km) ou à visiter les autres communautés proches. La coopérative voit le jour quelques mois plus tard. Elle permet l’achat du matériel (toiles vierges, peintures, pinceaux,…) et sera chargée de diffuser les œuvres terminées. En ce milieu des années 1980, on assiste alors au grand tournant. La peinture touche de nombreuses communautés (plus au Nord, les artistes de Balgo ou de Lajamanu s’organisent aussi dès 1986) et l’art aborigène sort de son isolement avec les premières acquisitions de toiles du désert par les musées australiens.

La peinture de Yuendumu se distingue toutefois. Tout d’abord ce qui frappe, ce sont les couleurs. Alors que les Pintupi sont restés généralement fidèles aux teintes qui servent pour les rituels, le blanc, le noir, les ocres, le rouge, les Warlpiri optent souvent pour des teintes vives. Si les symboles sont encore peints en noir, la sous couche et le fond pointilliste sont aisément dominés par le rose, le vert fluo, les bleus…c’est une explosion de couleurs. D’autre part, les œuvres sont peints en commun beaucoup plus souvent qu’ailleurs. Les détenteurs des mêmes droits vont peindre en commun les grands formats (le fond pointilliste, très élaboré, demande beaucoup de travail – c’est donc aussi un moyen d’aller plus vite – éventuellement ce sont d’autres membres de la famille qui vont aider à compléter ce fond ; ce qui est parfaitement admis chez les aborigènes). Bien que, là aussi, de plus en plus, un seul artiste peint une œuvre dans son intégralité. Surtout c’est la division culturelle entre Kirda et Kurdungurdu que l’on retrouve jusqu’à l’élaboration des peintures. Le Kirda est le propriétaire du Rêve dont il a hérité du côté paternel. Le Kundungurdu, est le gardien qui en a hérité de sa lignée maternelle. L’assistance que se doivent mutuellement les Kirda et les Kundungurdu lors des cérémonies se retrouve parfois. Le Kirda donne ses instructions au Kundungurdu qui tient le pinceau. Ce dernier exemple a été très fréquent dans les premières années.

Chaque initié est associé à au moins un Rêve et se trouve par là même gardien de sites sacrés, avec d’autres membres de son clan. Les peintures racontent la création de ses sites et la naissance de la vie, du paysage et des espèces animales et végétales. Ses épisodes du Temps du Rêve sont décrits de façon symbolique par une série de signes simples, lignes courbes, droites, traces d’animaux, cercles (ses symboles sont appelés Gunawarri).
Chaque peinture possède plusieurs niveaux d’interprétation et seul ceux qui possèdent une initiation complète et de très larges connaissances tribales sauront comprendre totalement la toile. Les descriptions données ici correspondent donc à un niveau de lecture réservé aux non initiés. Ces peintures sont des œuvres d’art mais sont aussi les témoins d’une culture vieille de prés de 60 000 ans et du lien qu’entretiennent les Aborigènes entre eux, avec la terre, avec les animaux et les plantes. Pour eux, tout est lié, tout est interconnecté via le Rêve. Ces toiles évoquent autant la richesse physique d’une région (que les blancs ont nommé désert) que sa richesse spirituelle.