Paddy Nyunkuny Bedford
Collections:
- Museum of Contemporary Aboriginal art (AAMU), Ultrecht, Hollande
- Art Gallery of New South Wales, Sydney
- National Gallery of Victoria, Melbourne
- National Gallery of Australia, Camberra
- Museum and Art Gallery of the Northern Territory, Darwin
- The Essl collection, Vienne, Autriche
- Jürg Dähler Collection, Suisse
- Rupert Myer Collection, Austalie
- The Collection of Colin and Elizabeth Laverty, Australie
Prix:
Œuvres
Paddy Nyunkuny Bedford (c.1922-2007)
« Garnkoorlbany-Jack Flood 122×135 cm – 2000 Provenance: Jirrawun Arts, Wa Litterature: Linda Michael (ed.) Paddy Bedford, Museum of Contemporary Art, Sydney, 2006, p. 41 (not illus.), pp.42, 148 (illus.). Exposition : Paddy Bedford, Museum of Contemporary Art, Sydney, 2006, Australia VENDU
Paddy Nyunkuny Bedford (c.1922-2007)
« Untitled » 51×76 cm-2003 gouache and pastel on acid-free crescent board Provenance: from arts centre LITERATURE: Linda Michael (ed.), Paddy Bedford, Sydney: Museum of Contemporary Art, 2006, p.173 (illus.).
Paddy Nyunkuny Bedford (c.1922-2007)
« Untitled » 51x76cm-2003 Provenance: from arts centre Literature Storer, R., Paddy Bedford, Museum of Contemporary Art, Sydney, 2006, p. 165 (illus.) VENDU
Biographie de Paddy Bedford
Paddy Nyunkuny Bedford, également connu sous le nom de Goowoomji, est né vers 1922 à Bedford Downs, dans la région de l’East Kimberley, en Australie-Occidentale. Il s’impose aujourd’hui comme l’un des plus grands artistes aborigènes contemporains d’Australie. Sa vie et son œuvre incarnent un lien profond entre mémoire, histoire coloniale et spiritualité ancestrale Gija. Il s’éteint le 14 juillet 2007, laissant derrière lui un héritage artistique majeur.
Jeunesse marquée par la violence coloniale
Avant même sa naissance, l’histoire familiale de Bedford est marquée par un épisode tragique : un groupe de ses proches Gija fut empoisonné à la strychnine à la station de Bedford Downs, puis brûlé, en représailles à l’abattage d’une vache sur leurs terres. Cet événement, profondément ancré dans la mémoire collective, influencera plus tard son œuvre.
Le gérant de la station, Paddy Quilty, donna au nouveau-né son prénom occidental, déclarant : « Vous pouvez l’appeler comme moi, Paddy ». Bedford portera toute sa vie ce nom hérité d’un homme associé à la violence coloniale. Plus tard, lorsqu’on lui proposa de visiter sa tombe, il refusa avec mépris : « Pourquoi irais-je voir ce vieux salaud ? »
Son enfance et sa jeunesse se déroulent dans un contexte de ségrégation et d’exploitation. Comme beaucoup d’hommes Gija, il travaille comme vacher pendant des décennies, souvent rémunéré en rations de thé, de farine et de tabac. Il est également envoyé dans une léproserie bien qu’il ne soit pas atteint de la maladie. Sa famille subit les politiques assimilationnistes : ses enfants sont placés en mission.
Vie de travail et déracinement
Bedford quitte finalement Bedford Downs avec sa famille après un événement marquant : un gérant de station tue tous les chiens du camp, provoquant leur départ vers Warmun (Turkey Creek). En 1969, la mise en place de l’égalité salariale entre travailleurs autochtones et non autochtones entraîne le licenciement massif des travailleurs aborigènes, y compris Bedford.
Il travaille alors dans la construction de routes jusqu’à ce qu’une blessure mette fin à cette activité, le contraignant à dépendre de l’aide sociale.
Culture Gija et vie dans le bush
Parallèlement à ces expériences, Bedford reste profondément enraciné dans la culture Gija. Il est un chef traditionnel respecté, maîtrisant les pratiques cérémonielles, notamment la peinture corporelle rituelle. Il passe de longues périodes dans le bush, chassant, transmettant ses savoirs et vivant selon les traditions ancestrales.
Ces expériences nourrissent son rapport au territoire, au Temps du Rêve (ngarranggarni) et à la mémoire, qui deviendront les fondements de son œuvre artistique.
Début tardif d’une carrière exceptionnelle
La carrière artistique de Bedford débute tardivement, à la fin des années 1990. En 1998, à plus de 70 ans, il commence à peindre sur toile après avoir été encouragé par Tony Oliver, qui découvre ses œuvres par hasard à Turkey Creek.
Ses premières œuvres, notamment la « Suite Jirrawun », sont rapidement acquises par la Art Gallery of New South Wales. Lorsqu’il reçoit son premier paiement, il s’exclame avec humour : « Je suis millionnaire ! »
En seulement huit ans de carrière, il devient l’un des artistes les plus importants de l’art australien.
Style artistique et thématiques
L’œuvre de Bedford s’inscrit dans la tradition artistique de l’East Kimberley, initiée par Rover Thomas et Queenie McKenzie. Toutefois, il développe un style profondément personnel.
Ses peintures se caractérisent par :
- des lignes larges et des formes arrondies,
- des compositions évoquant des vues aériennes du paysage,
- une alternance entre noir et blanc austère et couleurs intenses.
Il aborde à la fois :
- les récits du Temps du Rêve,
- la mémoire personnelle et collective,
- l’histoire coloniale, notamment les massacres de Bedford Downs.
Son style évolue au fil du temps, passant de compositions denses à des œuvres plus épurées, marquées par une « remarquable sobriété » et une « douce sophistication ».
Reconnaissance internationale
Bedford acquiert rapidement une reconnaissance internationale. En 2000, une de ses œuvres est mise en avant pendant les Jeux olympiques de Sydney. En 2006, il est sélectionné parmi huit artistes australiens pour réaliser des œuvres permanentes au Musée du Quai Branly.
La même année, une importante rétrospective lui est consacrée au Museum of Contemporary Art Australia.
Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans de grandes institutions internationales, telles que :
- la National Gallery of Australia
- la National Gallery of Victoria
- le British Museum
- le Metropolitan Museum of Art
Le critique John McDonald affirme qu’il serait difficile de ne pas citer Bedford comme représentant majeur de l’art aborigène contemporain.
Héritage
Paddy Bedford meurt en 2007, au sommet de sa reconnaissance. Malgré une carrière artistique très courte, son impact est immense. Son œuvre transforme des récits de violence, de survie et de mémoire en un langage visuel universel.
Aujourd’hui encore, il est considéré comme l’un des plus grands artistes australiens du XXᵉ siècle. Son travail continue d’inspirer de nouvelles générations d’artistes aborigènes et de faire rayonner la culture Gija à l’échelle mondiale.