+33 (0)9.81.07.86.22 | +33 (0)6.10.25.55.00 aborigenefr@gmail.com

Freddie Timms

Collections

  • National Gallery of Australia, Canberra, Australie
  • National Gallery of Victoria, Melbourne, Australie
  • Art Gallery of New South Wales, Sydney, Australie
  • Art Gallery of Western Australia, Perth, Australie,
  • The Kelton Foundation, Santa Monica, USA
  • Artbank, Sydney, Australie
  • Wollongong City Art Gallery, Australie
  • The The Holmes a Court Collection, Perth, Australie
  • Collection, Perth, Australie
  • Laverty Collection, Sydney, Australie
  • Aboriginal Art Museum, Utrecht, Hollande

Prix

Œuvres

Biographie

Freddie Ngarrmaliny Janama Timms (1946–2017)

Freddie Timms, également connu sous son nom aborigène Ngarrmaliny Janama, est né en 1946 à Ngarrmaliny (Police Hole), près de Foal Creek sur la station de Bedford Downs, dans la région de l’East Kimberley en Australie-Occidentale. Issu du peuple Gija/Kija, il est le fils de Harry et Leanna Timms. Son nom traditionnel, Ngarrmaliny, fait référence à son lieu de conception, tandis que son nom de peau, Janama, s’inscrit dans les systèmes sociaux et spirituels Gija.

Son enfance est marquée par une vie sur les stations d’élevage, notamment à Bow River puis à Lissadell, où il est élevé par sa famille élargie. Très tôt, il est confronté aux bouleversements coloniaux : son père est envoyé au leprosarium de Derby (Bungarun), où il meurt peu après. À Lissadell, il reçoit l’enseignement de Ben Boundy, qu’il considère comme une figure formatrice majeure.


Vie de travailleur sur les stations

À partir de ses vingt ans, Timms travaille comme stockman, clôturiste et mécanicien sur plusieurs grandes stations du Kimberley, notamment Texas Downs et Lissadell, où il revient dans les années 1970 comme chef d’équipe. Cette expérience du monde pastoral devient fondamentale dans sa vision artistique.

En 1985, il s’installe à Warmun (Turkey Creek) avec sa seconde épouse Beryline Mung. Il travaille brièvement près de la mine de diamants d’Argyle, puis s’établit à Woorreranginy (Frog Hollow), une communauté fondée par son beau-frère Jack Britten.

C’est dans ce contexte qu’il entre en contact direct avec les débuts du mouvement artistique de l’East Kimberley, associé aux cérémonies du Goorirr Goorirr (Kuril Kuril), initiées par Rover Thomas et d’autres leaders Gija comme Paddy Jaminji et George Mung Mung. Timms participe à ces cérémonies en tant que danseur et collaborateur, tout en observant les premières formes picturales qui émergent.


Débuts artistiques et Waringarri Aboriginal Arts

Le développement de son œuvre picturale commence véritablement à la fin des années 1980. En 1985, la création de Waringarri Aboriginal Arts à Kununurra joue un rôle déterminant.

Le coordinateur artistique Joel Smoker visite régulièrement les communautés de Woorreranginy et encourage Timms à peindre. En 1989, à plus de quarante ans, Timms réalise ses premières œuvres sur panneau-toile. Smoker reconnaît immédiatement son « grand potentiel ».

La même année, il fait ses débuts dans l’exposition collective Turkey Creek: Recent Work à Melbourne, aux côtés des figures fondatrices de l’école artistique de Warmun.


Lien au territoire et langage pictural

Le « Country » de Timms, la station de Lissadell, est profondément marqué par la création du lac Argyle, qui a submergé une partie de ses terres ancestrales. Cette perte devient un élément central de son œuvre : ses peintures traduisent une mémoire cartographique du territoire disparu.

Il déclare :

« Je pense au pays où je marchais et campais… je me souviens des points d’eau et des lieux de campement. Je les retrace dans mes peintures. »

Son style se distingue par des compositions aériennes et cartographiques, proches d’une lecture topographique du paysage. Contrairement à certains artistes Gija, il privilégie des formes épurées, des espaces vastes et des contrastes puissants.

Sa palette évolue également : les tons sombres du début laissent progressivement place à des couleurs plus lumineuses, notamment le blanc et le jaune.


Reconnaissance nationale et internationale

Dès le début des années 1990, Timms est intégré aux grandes expositions de l’art aborigène contemporain :

  • expositions de Waringarri à Sydney, Perth et Canberra (1991)
  • exposition à la galerie Vivien Anderson à Melbourne
  • sélection pour Images of Power: Aboriginal Art of the Kimberley à la National Gallery of Victoria
  • participation à Aratjara: Art of the First Australians

Son travail est ensuite présenté en Europe et aux États-Unis, consolidant sa reconnaissance internationale.


Indépendance artistique et Jirrawun

Dans les années 1990, Timms cherche à s’émanciper des structures commerciales traditionnelles. Il collabore avec la galerie Kimberley Art, puis avec la galerie Watters à Sydney.

En 1998, il devient un acteur clé de la création de Jirrawun Aboriginal Corporation, dont il est élu président. Ce collectif vise à offrir aux artistes Gija une autonomie économique et artistique.

Son œuvre prend alors une dimension plus explicitement politique. Il développe des récits liés à l’histoire coloniale, aux massacres et aux tensions entre populations aborigènes et non-aborigènes. Des œuvres comme Blackfella – Whitefellatraduisent cette lecture critique du monde contemporain.


Style et œuvres majeures

Timms reste fidèle à une esthétique constante tout au long de sa carrière :

  • vues aériennes du territoire
  • cartographie intuitive des lieux de vie et de déplacement
  • notation symbolique et minimalisme spatial
  • forte charge mémorielle et politique

Parmi ses thèmes majeurs :

  • mémoire du travail pastoral
  • disparition des terres sous le lac Argyle
  • récits historiques et résistances aborigènes
  • tensions coloniales contemporaines

Son œuvre est également influencée par des récits familiaux liés à des figures de résistance comme le bushranger Major, donnant naissance à des séries inspirées de Ned Kelly.


Reconnaissance et dernières années

Timms expose largement dans les années 2000 : Melbourne, Sydney, Londres, Darwin, ainsi que dans des expositions collectives majeures comme Blood on the Spinifex et True Stories: Art of the East Kimberley.

Il participe également à des projets collectifs importants comme Fire, Fire, Burning Bright (2002), qui explore l’histoire des massacres dans le Kimberley.

Après la dissolution progressive de Jirrawun en 2010, il continue à peindre et à exposer jusqu’à la fin de sa vie, notamment avec des centres d’art régionaux.


Héritage

Freddie Timms décèdera en mars 2017 à Halls Creek des suites d’une pancréatite.

Son héritage est aujourd’hui considéré comme fondamental dans l’histoire de l’art aborigène contemporain. Il est reconnu comme :

  • un des derniers grands représentants fondateurs de l’école de Warmun
  • un artiste-cartographe du territoire Gija
  • une voix politique majeure au sein de l’art aborigène contemporain

Des expositions posthumes majeures, notamment Mr Timms (2018) et Freddie Timms: Drawing the Line (2022), ont confirmé son importance historique et artistique. 


Freddie Timms a transformé une mémoire personnelle et territoriale en un langage pictural unique. À travers ses cartes peintes, il a documenté non seulement un territoire disparu, mais aussi une histoire vivante, celle des peuples Gija et de l’Australie coloniale. Son œuvre se situe à la croisée de la peinture contemporaine, de l’archive historique et de la transmission culturelle.